
Nous voilà donc revenus aux temps du don gratuit à la France : 43 millions d’euros ! Rien que cela ! Nous voilà revenus au XVIIᵉ siècle lorsque, sous le pouvoir royal absolu, cette sorte de contribution, soi-disant volontaire des États de Bretagne, est réclamée par la France, déjà endettée et surendettée en permanence.
Cela n’a donc pas beaucoup changé… sauf qu’avant cette période, la Bretagne s'administrait librement par ses États. Il en résultait qu'aucune contribution en argent ou en nature ne pouvait lui être imposée sans qu'elle y ait consenti par ses représentants. Près de quatre siècles après, je conserve en moi l’esprit de cette Libre Armorique : je voterai donc contre cette contribution de près de 43 millions d’euros à l’État français, qui s’est mis lui-même dans la panade avec ses plus de 3 200 milliards de dette. N'ayons pas trop d’espoir que ces 43 millions d’euros nous reviennent sous une forme ou une autre en Bretagne. Paris tient à son argent et dépense même celui qu’elle n’a pas.
Ici, nous avons pourtant besoin de cet argent en Bretagne pour nos propres projets dans les domaines des lycées, de la santé, des mobilités…
Parmi ces exemples, je citerai l’un des dossiers emblématiques qui a secoué la dernière actualité : le domaine de Kerampuilh à Carhaix et son lycée Diwan. Une partie de cet argent aurait trouvé sa destination pour poursuivre les investissements de projets aujourd’hui abandonnés ou jamais achevés depuis près de 20 ans : maison de la conciergerie à l’abandon, toit des anciennes et magnifiques écuries, pourtant du XVIIIᵉ siècle, prêt à s’effondrer, combles du château laissés à l’abandon…
Et puis, il y a ce pauvre lycée Diwan où l’on a le sentiment que près de 300 élèves bretons n’existent pas, qu’ils sont virtuels, tant ils apparaissent peu ou pas du tout dans nos bordereaux. Parmi eux, 230 sont scolarisés à Carhaix dans des conditions de vie et d’étude qui ne sont pas acceptables. Déplorables. La cinquantaine d’autres est scolarisée dans le second lycée Diwan, à Vannes.
Ces 230 lycéens bretons de Carhaix ont le sentiment d’être méprisés. Ils ont le courage de leurs 16 ans face à l’absence de volonté politique. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Je ne reviendrai pas sur les relations qui lient la Région Bretagne à l’Ailes ou celle-ci à Diwan. Ceci constitue de la technique et de l’intendance. Mon propos n’est que politique.
Quand ce lycée, longtemps surnommé à juste titre le navire amiral de la langue bretonne, sera-t-il traité comme n’importe quel autre lycée public ?
Accepterons-nous encore longtemps de voir des gamins entassés dans des chambres, pour certaines noircies par la moisissure, privés d’eau chaude pendant des jours et des jours, privés de foyer, contraints désormais de rejoindre une salle mal insonorisée, solution de dernière minute imaginée dans l’urgence et en dépit du bon sens pour tenter d’éteindre la crise, alors qu’un bâtiment a spécialement été rénové pour les accueillir et qu’il a été retiré aux élèves, tout comme la moitié de l’internat, et qu’il reste aujourd’hui désespérément vide ? Combien de temps devront-ils supporter cela ? Comme le disait si bien notre collègue Guillaume Robic, le lycée Diwan doit être prioritaire dans l’occupation des bâtiments et des espaces. Diwan est une école bretonne, gratuite et laïque, et doit donc être traitée comme telle. Comme tout lycée public breton.
Il ne suffit pas de se cacher derrière son petit doigt et de se réfugier derrière on ne sait quelle loi. Quant à la loi Falloux, pour les investissements, ceux-ci ont bien été réalisés malgré les contraintes juridiques.
La création d’un GIP, Groupement d’Intérêt Public, avec les communes et les départements, pour porter l’ensemble de l’immobilier du réseau Diwan renforcerait l’ensemble de ces écoles en langue bretonne, nées dans l’imagination d’une poignée de militants qui ne voulaient pas voir leur langue mourir. Ils se sont substitués à l’État.
Nous devons aussi agir pour le fonctionnement du lycée. Nous ne pourrons pas supporter plus longtemps de voir ces gamins aux chaussures et vêtements pleins de boue, parce que le seul réel espace de loisirs qui leur est consacré est un terrain en terre, boueux, des lycéens privés même de la cour en bitume, reprise là aussi pour de futurs utilisateurs, alors qu’elle avait été réalisée pour le lycée Diwan. Cour qui reste vide, tout comme le bâtiment voisin.
Pour régler ce problème, il suffit simplement de volonté politique. Des communes le font déjà. Chaque collectivité dans sa compétence. Aux communes, les écoles primaires ; aux départements, les collèges ; aux régions, les lycées. Des municipalités, aujourd’hui en Bretagne, considèrent et accompagnent les écoles Diwan de la même façon que les autres écoles primaires publiques de leur commune, avec des bâtiments publics en bon état, mis gracieusement à leur disposition, avec prise en charge de tous les frais de fonctionnement hors partie éducative : ménage, surveillance, repas, fonctionnement courant… Elles règlent les factures d’eau et d’électricité, d’entretien… La Région Bretagne doit faire la même chose. Il en va de sa responsabilité. Il existerait un risque de contentieux ? Assumons-le ! Ayons du courage. La France est un pays qui n’évolue qu’à travers les ruptures, les crises. Mettons l’État français au défi. Certains le font déjà.
Le fait précède la loi ! Il en va de l’avenir de la langue bretonne. Personne ne le fera à notre place. Nous avons perdu 100 000 locuteurs en six ans. Les effectifs du lycée Diwan de Carhaix sont passés de 330 à 230 élèves, soit 100 élèves de moins sur la même période. L’ouverture du lycée de Vannes ne compense pas cette perte. Nous ne pouvons pas continuer à accepter l’inacceptable. Une partie de ces 43 millions d’euros aurait pu aussi conforter notre politique de santé, même si nous ne sommes pas dans ce cadre pleinement compétents. Nous ne pouvons pas laisser perdurer ces déserts médicaux. La région Occitanie l’a fait. Carole Delga a lancé une politique volontariste en embauchant des médecins. C’est une réponse concrète aux difficultés.
J’avoue, M. le Président, avoir été surpris quand vous avez déclaré lors d’une réunion publique dans les Côtes-d’Armor, il y a quelques jours, je vous cite : « La régulation des urgences devrait être la règle. Quand on a un problème, il faut faire le 112 ou le 15, partout tout le temps… »
La régulation des urgences devrait être la règle ? Je pense le contraire. Car réguler les urgences signifie en réalité fermeture. Nous en savons quelque chose à Carhaix et en Centre-Bretagne, où nous sommes les seuls à voir fermées les portes de nos urgences depuis plus d’un an et demi.
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