Nous savions l’esprit du temps délétère. Nous en avons eu confirmation avec la rencontre
« Bretagne notre avenir » du 1 er mars qui a vu le Parti National Breton manifester son
pouvoir de nuisance. Nous n’avons pas oublié le poids de l’histoire. Et pourtant, comment
imaginer qu’en 2025, la seule présence du PNB puisse se faire aussi fracassante et ruiner
toute possibilité de construire et d’évoquer la Bretagne de demain ?
La haine diffuse et se banalise. Mais que construit-on sur la haine ? Rien ! On détruit au
contraire. A commencer par nos efforts pour bâtir la Bretagne de demain, une Bretagne
forte, fière, émancipée, solidaire et tolérante. La manifestation prévue de longue date à
Plouezoc’h pour sauvegarder la toponymie en langue bretonne est annulée en raison des
risque encourus.
La Bretagne a toujours été terre promise depuis le temps de ses premiers fondateurs, saints
et autres Mac’htiern. L’espoir faire partie de notre ADN. Nous ne sauverons pas la Bretagne,
ses promesses d’avenir, ses langues et sa culture dans la haine.
La haine est une force nihiliste. Elle jette la Bretagne avec l’eau du bain de l’extrême droite
française. Libre à chacun de s’interroger sur les liens troubles entre l’extrême droite
souverainiste française et nos groupes bretons d’extrême droite. Leurs partisans n’ignorent
pas que le RN au pouvoir balaiera nos « régions », le système d’enseignement par immersion
Diwan suivant en cela la jurisprudence du conseil constitutionnel. Le RN donnera vie au vieux
rêve de la République « jacobine » et autoritaire, lequel consiste à achever nos langues et
notre culture. L’homme ne sera plus qu’un triste individu, pauvre fétu de paille ployant sous
la contrainte étatique et le pouvoir de l’argent.
Mais à vrai dire, nos militants Bretons d’extrême droite s’en moquent. La haine de ceux qui
viennent d’ailleurs l’a emporté chez eux sur toute autre chose. Leurs racines bretonnes ne
sont qu’un triste bouclier contre ceux qui viennent d’ailleurs.
Les racines ne sont belles que dans le partage. C’est ce qui fait notre force à nous, Bretons,
ce qui nous empêche de partir à la dérive, ce qui nous relie et fait barrage à toutes les
formes d’hégémonie que nous connaissons : ultralibéralisme forcené, individualisme roi, et
racisme.
La haine est notre pire adversaire. Elle nous divise et ruine nos velléités de voir sauvegarder
nos langues, notre culture.
Après la suite d’événements que nous avons connus, il est temps de couper court à toute
porosité avec les forces de haine et à toute complaisance.
C’est l’espoir d’une Bretagne nouvelle qui nous fera gagner la partie, quand bien même la
route serait encore longue.
Notre vieux peuple a connu tant de drames dans son histoire. Il doit rester debout, inflexible
dans ses exigences démocratiques et intransigeant vis à vis les forces de haine.
Alors seulement nous bâtirons la Bretagne de demain, cette force de vie et cette ancre dans
un univers en perdition.
Yvon Ollivier
auteur